Pollution numérique : comment la réduire simplement

Lorsqu’on est sensible à la protection de l’environnement, on remet souvent en question son mode de vie. On trie et limite ses déchets, on s’intéresse aux alternatives, on rejoint des associations, etc. Mais, la plupart du temps, ces actions ont lieu sur Internet. Nos recherches se font en ligne, nos soutiens passent par des dons et pétitions numériques. Le web est, en effet, un formidable outil pour accéder aux informations, se rassembler et se mobiliser. Cependant, si l’impact environnemental du digital est moins perceptible, son empreinte écologique, elle, dépasse désormais celle du secteur aéronautique. Pourtant quelques conseils simples permettent de réduire sa pollution numérique.

Bien choisir ses équipements numériques

En France, la durée de vie d’un smartphone est d’environ 3 ans, celle d’un PC est de 3 à 4 ans, voire jusqu’à 8 ans pour un ordinateur de bureau. Pourtant, la fréquence de renouvellement de ces équipements est beaucoup plus courte. En moyenne, un Français change de téléphone tous les 20 mois. En cause, l’« obsolescence perçue » : avec l’arrivée permanente de nouveaux matériels toujours plus performants, les anciens modèles sont rapidement considérés comme dépassés ou simplement « plus à la mode ».

Le nombre d’objets connectés a également explosé ces dernières années. En 2020, plusieurs études estiment qu’il y a près de 5 appareils dotés d’un accès au réseau par personne. Les tablettes, montres, balances et même les vêtements et thermomètres connectés ont envahi notre quotidien. À ce rythme, ces objets représenteront entre 18 % à 23 % des émissions de gaz à effet de serre en 2025.

Le premier pas pour réduire sa pollution numérique est donc de réfléchir à nos besoins. Il ne s’agit pas forcément de renoncer à ses envies et loisirs, mais de les rationaliser. Ainsi, même si vous ne pouvez pas vous passer des nouvelles technologies, des solutions existent pour limiter votre impact écologique.

Allongez la durée de vie de vos équipements

Selon l’ADEME (l’ agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), la fabrication d’un smartphone nécessite 70 kilos de matière (dont des minerais rares), et l’équivalent carbone de 4 tours du monde en avion pour qu’il arrive dans vos mains. Repousser son renouvellement, c’est l’acte primordial pour réduire sa pollution numérique (et en bonus vous pourrez toujours utiliser l’excuse du vieux téléphone défaillant après avoir manqué le cinquième appel de belle-maman).

Privilégiez la mutualisation et le low-tech

Pour les objets dont vous avez un besoin ponctuel, favorisez la location ou encore les achats groupés. Pensez également aux bibliothèques et ludothèques qui proposent, de plus en plus, l’emprunt de liseuses, tablettes et jouets connectés. Si vous devez changer de matériel, privilégiez si possible les appareils reconditionnés ou de seconde vie. En plus d’être écologiques, ils vous permettront de vous équiper à moindre coût. Enfin, conscients des enjeux environnementaux, de nombreux constructeurs et marques proposent des alternatives low-tech et éthiques à leurs produits. Ceux-ci peuvent être plus chers à l’achat, mais aident à faire des économies d’énergie sur le moyen et long termes et à encourager un commerce plus durable et équitable.

Réparez et recycler plutôt que de jeter

Lors de votre achat, privilégiez les outils réparables, avec des pièces de rechange disponibles. Oubliez par exemple les téléphones et pc avec batteries non amovibles. Avec les nombreux tutoriels en ligne ou le développement des Fablab, il devient plus facile de trouver des ressources et aides pour réparer ses équipements, prolonger leur durée de vie et ainsi réduire sa pollution numérique.
Si ce n’est pas possible, recyclez vos anciens appareils en les apportant dans des points de collecte ou en les donnant à des associations.

Éteignez et débranchez les équipements inutilisés

Selon l’agence internationale de l’énergie, les équipements électriques et électroniques connectés ont consommé 400 TWh (térawattheures) d’électricité en 2013. Cela correspond à la production annuelle de l’ensemble des réacteurs nucléaires français. Et, à l’époque, les objets connectés étaient deux fois moins nombreux qu’aujourd’hui ! Des gestes simples comme débrancher sa box la nuit ou éteindre totalement ses appareils au lieu de les mettre en veille permettraient de réduire à la fois votre empreinte carbone et votre facture d’énergie.  

Ces conseils vous permettront de baisser la consommation et la fabrication d’équipements numériques qui restent les premières sources des impacts environnementaux. Mais une autre cause de pollution numérique, moins visible, prend un essor considérable ces dernières années : l’utilisation des données.

Réduire la pollution numérique en optimisant sa consommation de données

Internet est par définition le domaine du virtuel et sa pollution est, elle aussi, peu visible au premier abord. On peut penser aux data centers et aux centres informatiques avec leur consommation électrique exponentielle. Mais la pollution numérique vient également directement de la conception des sites et de notre utilisation du digital. Chaque page web consultée, chaque vidéo visionnée, a un impact dans le monde réel.

Le poids moyen d’une page web a été multiplié par 115 en 20 ans, les services de streaming sont devenus monnaie courante, les objets sont de plus en plus connectés. Et pour faire fonctionner tout cela , il faut accroître les installations. Ainsi, les fonds marins, les paysages et même l’espace sont peuplés de câbles en cuivre, fibres optiques, antennes relais et satellites.

Selon une étude menée par le Green IT, l’empreinte annuelle mondiale du web équivaudrait à :

  • 1500 TWH d’électricité consommée ( l’équivalent de la consommation de 215 millions de Français),
  • 1500 tonnes équivalent CO2,
  • 7,8 milliards de mètres cubes d’eau.

Là aussi, il peut sembler difficile de renoncer à notre mode de vie hyperconnecté. Les temps de chargement trop longs nous font quitter un site , la musique en ligne et les soirées Netflix se sont installées dans les foyers. Les communautés en ligne sont devenues de nouveaux fédérateurs de lien social.

Pourtant, quelques petites habitudes simples peuvent nous aider à réduire l’empreinte numérique de nos modes de vie sans pour autant bousculer notre quotidien. Ces pratiques relèvent aussi du slow digital.

Privilégiez la TNT plutôt que l’ADSL pour votre télévision

La plus grosse consommation de vidéos en ligne ne provient pas des plateformes de VOD, mais surtout des télévisions reliées à l’ADSL. En effet, regarder sa télévision via l’ADSL revient exactement à la même chose que visionner une vidéo sur Youtube. Si possible, privilégiez donc l’utilisation de la TNT beaucoup moins énergivore.

Baissez la qualité de vos vidéos et audios

Les plateformes audiovisuelles ont tendance à diffuser automatiquement leurs vidéos dans la qualité la plus haute possible en fonction de votre connexion, y compris lorsque vous écoutez simplement un podcast ou des clips musicaux. N’hésitez donc pas à chercher dans les réglages comment diminuer la résolution. Si vous adepte du clic infini sur le bouton replay, téléchargez vos contenus favoris pour pouvoir les visionner hors-ligne.

Limitez l’usage des services de stockage en ligne

Stocker des ressources sur Internet entraîne forcément de nombreux échanges entre le serveur de stockage et votre ordinateur. Si vous n’avez pas besoin de partager vos contenus avec des utilisateurs distants, conservez-les plutôt sur une clé USB ou un disque dur externe. Pour les documents « collaboratifs » ou éditables en ligne, téléchargez-les avant d’ajouter vos modifications. Dans tous les cas, ne sauvegardez que ce qui est réellement nécessaire.

Surveillez votre boîte mails

Près de 300 milliards de mails sont envoyés, chaque jour, en France. Il faut ajouter à ce chiffre les spams et publicités qui ne sont jamais lus, mais viennent encombrer nos boites. Leur transfert et stockage représentent, pourtant, chaque année près de 10 kg d’émission de CO2. Il est donc nécessaire de limiter cette pollution numérique en supprimant les messages indésirables et en vidant régulièrement la corbeille.

Pensez aussi à cibler et réduire les destinataires des e-mails. Évitez notamment le piège du fameux « répondre à tous » si votre message ne concerne qu’une personne. Idem du côté des pièces jointes : si votre ressource est disponible en ligne, partagez plutôt le lien afin que chacun de vos interlocuteurs puisse la consulter sans avoir besoin de la télécharger.

Privilégiez le wifi aux technologies 4G et 5G

La 4G consomme en moyenne 23 fois plus d’énergie que le wifi. Privilégiez donc cette deuxième technologie, surtout pour les utilisations gourmandes en ressources telles que le partage de photos ou le visionnage de vidéos.

Quant à la 5G, elle s’accompagne de promesses comme des débits plus élevés. Avec 20 gigabits par seconde on pourra, de plus en plus, selon Orange « interconnecter nos vies sociales avec notre identité numérique », « développer toujours plus d’objets connectés » ou encore « regarder ses séries préférées sans aucune latence dans le train », mais est-ce que ce sont là des besoins primordiaux ?

Pensez aux alternatives éco-conçues

La prise de conscience collective des enjeux environnementaux a favorisé l’émergence de modes de consommation éco-responsables, zéro-déchets et minimalistes. Le domaine informatique a également été concerné par cette évolution. Désormais, de nombreuses alternatives existent pour surfer et travailler en ligne de manière plus écologique.

Voici quelques sites et services éco-responsables :

  • Ecomail. : un service de messagerie électronique dont 50% des recettes servent à financer des projets écologiques et associatifs,
  • Ecosia et Lilo : des moteurs de recherche « écologiques » dont l’utilisation permet de soutenir des projets énergiques et environnementaux,
  • Telecoop : un opérateur téléphonique coopératif qui œuvre pour une transition écologique et solidaire,
  • Enercoop : une coopérative d’électricité verte.

Pour vos sites personnels ou professionnels, vous pouvez également vous orienter vers l’écoconception en créant un site internet éco-responsable. Au-delà de la réduction de la pollution numérique, celui-ci offre de nombreux avantages en matière de performance et de référencement.

Dans ce monde où nous sommes sans cesse poussés à consommer plus, le digital n’échappe pas à la règle. Les publicités et les avancées technologiques stimulent nos envies de nouveaux équipements et encouragent des modes de vie hyperconnecté. Cette course effrénée à l’innovation se traduit par des impacts environnementaux désastreux. Dans ce domaine aussi, nous pouvons modifier nos consommations afin de concilier écologie et technologie.