L’empreinte écologique du numérique : une pollution invisible ?

Le récit d'une écologiste connectée...

Ces moments banals représentent le quotidien de la majorité des individus. Pourtant des journées comme celle-ci sont à l’origine de la croissance exponentielle de l’empreinte écologique du numérique. Malgré de nombreuses prises de conscience environnementales et des modifications des modes de vie et de consommation, la pollution numérique ne cesse de s’accroître. L’empreinte écologique du numérique semble en effet imperceptible. Le web est, par définition, le règne de l’immatériel et de l’impalpable. Cependant, ses impacts eux sont bien réels.

L’empreinte environnementale du web

L’empreinte environnementale du web est difficile à calculer. En effet, celui-ci regroupe les équipements et terminaux numériques, les échanges et stockages de données, mais également un réseau d’infrastructure comme les data center, les satellites ou encore les câbles sous-marins.

Le calcul de l’empreinte écologique de ces éléments se fait à partir d’une analyse de leur cycle de vie. Mais s’il est possible de chiffrer le coût en ressources et la pollution liée à la fabrication d’un satellite, il est plus compliqué d’estimer ses impacts environnementaux au cours de son utilisation.

Le Green IT a cependant réussi à fournir une estimation réaliste de l’empreinte écologique du web mondial en prenant en compte la durée de vie des équipements et infrastructures.

Pour surfer sur internet, les 4 milliards d’internautes recensés en 2018 ont besoin, chaque année de :

  • 1500 TWH d’électricité (l’équivalent de 3 fois la consommation annuelle de la France),
  • 1500 tonnes d’équivalent CO2,
  • près de 8 milliards de mètres cubes d’eau.

Ces chiffres sont en perpétuelle augmentation. D’autant plus que d’ici 2025, 50 à 75 milliards d’objets connectés viendront s’ajouter aux 4 milliards d’internautes.
S’ils peuvent faciliter notre quotidien, les tablettes, montres et autres appareils « intelligents » échangent et stockent en permanence des données augmentant ainsi la pollution numérique.

Mais l’impact environnemental majeur vient de leur fabrication. Avant d’arriver entre nos mains, un smartphone a déjà relâché plus de 75 % de ses rejets toxiques et gaz à effet de serre. Le restant sera émis pour sa distribution et son utilisation.

L’empreinte écologique des équipements numériques

Infographie des ressources nécessaires à la fabrication d'un ordinateur portable

En moyenne, il faut utiliser 50 à 350 fois leur poids en matières premières pour fabriquer un appareil électronique. La fabrication d’un ordinateur portable nécessite près de 800 kg de matières premières. À cela, il faut encore ajouter :

  • 240 kg de combustibles fossiles,
  • 22 kg de produits chimiques,
  • entre 1 à 2 tonnes d’eau.

Selon l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), les équipements numériques participent à hauteur de 76 % à l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables.

Les conséquences écologiques sont d’autant plus critiques que ces matières premières incluent des métaux spéciaux et terres rares dont le raffinage émet des radiations non négligeables. Les minerais sont quant à eux extraits dans des conditions environnementales et humaines désastreuses. Le cobalt, extrait au Congo est ainsi surnommé minerai de sang à cause de son rôle dans les trafics d’armes et dans l’exploitation des enfants dans les mines.

Il faut ajouter à cette empreinte écologique déjà lourde, le poids des émissions de gaz à effet de serre. Tout au long de sa vie, un ordinateur portable génère plus de 70 kg de CO2. Toujours selon l’ADEME, les équipements numériques produisent à eux seuls 39 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur et ce chiffre est en constante augmentation avec la multiplication des usages et des terminaux.


À l’heure où la préservation de l’environnement devient un enjeu sociétal majeur, l’importance de la sobriété numérique ne doit donc pas être oubliée. Sans modifications de nos rapports avec le digital, son empreinte écologique va encore augmenter. D’ici 2025, l’ADEME, prévoit un doublement du nombre d’objets connectés qui deviendront les principaux responsables de la « pollution » numérique mondiale.