Cloud et pollution : un nuage de carbone ?

Plus de 95 % des entreprises utilisent au moins un service de cloud. Chez les particuliers aussi, l’informatique en nuage est omniprésente parfois même sans que l’on s’en rende compte. Travailler sur des Google Doc, communiquer via Slack ou partager ses photos sur Dropbox, etc. Tout cela repose sur les infrastructures du cloud. Et si la pollution engendrée par le numérique paraît souvent invisible, celle du cloud y contribue largement. Avec cette externalisation de l’informatique, pas de disques durs encombrés, aucun ordinateur qui rame suite à l’installation de logiciels trop nombreux ou trop lourds. L’internaute ne voit pas non plus les matériels nécessaires et la problématique de leur recyclage. Alors quels sont vraiment les impacts de ces usages digitaux sur l’environnement ? Cloud et pollution sont-ils synonymes ?

Les data centers, des gouffres énergétiques au service d’un nuage

Une consommation électrique vertigineuse

Dès 2010, Green Peace avait lancé une alerte sur l’augmentation des gaz à effet de serre engendrée par la croissance du cloud. Dans son rapport intitulé « Make IT Green : Cloud Computing and its Contribution to Climate Change » , l’organisation écologiste soulignait le lien entre l’accroissement de la demande en cloud et celle des besoins en ressources énergétiques. Green Peace prévoyait notamment une multiplication par 3 de la consommation d’électricité des data centers entre 2007 et 2020.

10 ans plus tard, force est de constater que Green Peace avait vu juste. Rien qu’entre 2010 et 2018 la consommation énergétique des data centers européens a augmenté de 42 %. Et entre 2018 et 2020, les estimations de consommation annuelle mondiale d’électricité de ces centres de données sont passées de 200 térawattheures (TWh) à 500 TWh.

info éco-responsable : ordre de grandeur TWH

Pour avoir un ordre de grandeur : 300 TWh équivaut à la consommation annuelle de 300 millions de personnes…

De plus, les data centers doivent être alimentés 7 jours sur 7 pour faire fonctionner les serveurs, mais aussi pour les refroidir. Concrètement, en France les centres de données utilisent entre 7 et 10 % de la production électrique nationale totale.

Le cloud une source de pollution bien matérielle

En dehors de cette problématique de consommation énergétique, le cloud et pollution se rejoigne aussi au niveau de la fabrication des équipements informatiques des data centers. Les serveurs, onduleurs, nécessitent également de nombreuses ressources dont des métaux et terres rares.
Or, les data centers de Google renferment à eux seuls près de 900 000 serveurs. Si le chiffre paraît énorme, il ne représente pourtant que 2,8 % du marché total.

La France compte quant à elle environ 200 data centers et un peu plus de 1 million de serveurs. Là aussi, l’essor du cloud et des objets connectés fait constamment augmenter ce chiffre. L’hébergeur informatique « Interxion » est ainsi en train de construire le plus gros data center de France, près de Paris.
L’entrepôt de stockage des données devrait s’étendre sur près de 40 000 m2 et sera doté d’une puissance électrique installée de 130 MW. Le PDG d’« Interxion », Fabrice Coquio, indique que « le projet répond à une grande évolution liée au cloud et aux besoins des entreprises d’avoir le temps de latence la plus faible possible ».

Alors face à cette course à la rapidité et à la multiplication des volumes de données stockées et échangées, comment limiter l’empreinte environnemental du cloud ?

Comment limiter la pollution numérique du cloud ?

L’usage du cloud s’est accentué, mais les préoccupations et considérations environnementales également. Les prestataires et hébergeurs font des efforts pour « tendre vers la neutralité carbone », mais qu’est-ce qui se cache vraiment derrière ce terme ?

Attention aux promesses de neutralité carbone

Les engagements environnementaux des hébergeurs et fournisseurs de cloud sont aussi des arguments commerciaux. Ainsi, Google met régulièrement en avant sa neutralité carbone.

infos éco-responsable : neutralité carbone

Cependant la neutralité carbone se base sur le principe qu’une tonne de gaz à effet de serre a toujours les mêmes conséquences climatiques, quels que soient le lieu ou les origines de sa diffusion. En partant de ce postulat, la compensation d’émissions de gaz à effet de serre a aussi un impact équivalent, peu importe le contexte.


Cependant la neutralité carbone se base sur le principe qu’une tonne de gaz à effet de serre a toujours les mêmes conséquences climatiques, quels que soient le lieu ou les origines de sa diffusion. En partant de ce postulat, la compensation d’émissions de gaz à effet de serre a aussi un impact équivalent, peu importe le contexte.
Pour contrebalancer la pollution engendrée par le cloud, les entreprises peuvent acheter du « crédit carbone » sur des marchés spécifiques. Si elles en acquièrent autant qu’elles produisent d’équivalent carbone, elles peuvent déclarer leur neutralité. C’est un premier pas, mais qui ne représente en aucun cas une réduction de la pollution.

Alors cloud et pollution sont-ils inévitablement liés ? Pas forcément. Les hébergeurs font tout de même d’importants efforts pour réduire la consommation énergétique de leurs data centers. Certains se revendiquent même comme des prestataires 100 % verts.

Des fournisseurs de cloud moins polluants ?

Ces dix dernières années le PUE (indicateur d’efficacité énergétique) a fortement diminué.

Le PUE évalue la quantité totale d’énergie consommée par un site, par rapport à celle nécessaire au bon fonctionnement des équipements informatiques (disques, serveurs, etc.). Il calcule en quelque sorte la déperdition et le gaspillage de ressources. Plus le score est proche de 1, plus l’énergie est utilisée de façon efficiente.

Dans les années 2000, le PUE des data centers tournaient généralement autour de 3. Aujourd’hui les nouveaux centres parviennent à passer sous la barre des 1,5. Les centres font, en effet, de plus en plus d’effort dans l’optimisation de leur consommation énergétique en ayant par exemple recours au « free cooling », une technique de refroidissement naturel qui exploite l’air frais en provenance de l’extérieur.


Des réseaux de récupération de la chaleur dégagée par les serveurs sont aussi testés. En région parisienne par exemple, la chaleur issue de la réfrigération d’un data center de 8 000 m2 est réutilisée pour alimenter les conduits de chauffage urbain.
Microsoft de son côté installe des piles à hydrogène pour alimenter ces centres de données.

Les gouvernements nationaux et l’Europe tentent aussi d’agir sur le cloud et sa pollution. La Commission européenne a rendu en 2020 un rapport (de 287 pages) sur les « technologies et politiques efficaces sur le plan énergétique d’informatique en nuage ». Dans ce document, elle préconise de bonnes pratiques pour favoriser l’efficience énergétique notamment :

  • l’usage d’ENR (énergies renouvelables) pour approvisionner les centres de données ;
  • la réutilisation de la chaleur (comme pour l’exemple du chauffage urbain) ;
  • l’installation de systèmes de refroidissement efficaces ;
  • l’implantation ou la délocalisation des centres vers des zones plus fraîches du globe ;
  • l’écoconception des logiciels et des applications pour soulager les infrastructures ;
  • la pleine utilisation de la capacité des serveurs ;

Ce dernier point peut sembler évident pourtant aujourd’hui près de 30 % des serveurs sont sous-exploités.
Pour réduire la pollution liée au cloud, un enjeu majeur est donc d’en rationaliser son utilisation.

Rationnaliser l’usage du cloud et sa pollution

Pour réduire la pollution liée au cloud, un enjeu majeur est donc d’en rationaliser son utilisation. Toujours selon le rapport de la Commission européenne, les services cloud constituent 35 % de la consommation des data centers et ce chiffre devrait grimper à 60 % d’ici 2025.

Les SaaS (Software as a service ou logiciels en tant que service) représentent la plus grande part des usages. Cette catégorie regroupe les principales solutions collaboratives telles que Slack, Gdrive ou encore Google G Suite.
Si se passer de ces services en ligne est difficilement envisageable, choisir des hébergeurs plus écologiques permet de limiter la pollution due au cloud.

Comment choisir un fournisseur de cloud écologique ?

De nombreux prestataires et hébergeurs communiquent sur leur politique environnementale et en font des arguments commerciaux. L’entreprise suisse Infomaniak, par exemple, publie régulièrement une charte qui répertorie ses engagements et les mesures prises en faveur de l’écologie.

Le rapport Green Peace intitulé « Votre Cloud est-il net ? » permet aussi d’avoir une vision globale de l’écoresponsabilité des différentes prestataires. Ce document répertorie les principaux hébergeurs de données et fournisseurs de services cloud. Chacun d’eux reçoit une note en fonction de plusieurs critères dont :

  • l’efficacité énergétique et le GUE ;
  • la transparence en matière d’approvisionnement énergétique ;
  • l’origine de l’électricité (charbon, nucléaire, etc.) ;
  • la communication et l’engagement envers les ENR ;
  • les lieux d’implantation des infrastructures.

Ce dernier critère a, en effet, un rôle important dans la pollution numérique. Si vous travaillez ou résidez en France, choisir des services de cloud dont les data centers sont basés à étranger implique que chaque fichier, chaque texte, chaque image, etc. parcourra des dizaines des milliers de kilomètres à chaque fois que vous souhaiterez le consulter. Il faudra aisni alimenter en électricité et refroidir tous les équipements intermédiaires nécessaires à trajet.

Stocker ses données de façon responsable

Une autre source de pollution du cloud est le volume de données stockées. Désormais, les estimations se font en zettaoctet soit mille milliards de gigaoctet. Selon l’étude de Statista, en 2020, ce sont près de 47 zettaoctets de données qui ont été créés. Physiquement, pour pouvoir les stocker il faut utiliser plus de 470 millions de disques durs d’un tétra…

Infographie: Le big bang du big data | Statista

Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

Alors, comment limiter cet essor des données stockées dans le cloud et la pollution numérique qui y est associée ? Quelques gestes simples peuvent déjà avoir des effets positifs :

  • limitez les recours aux services de streaming et privilégiez le téléchargement pour les musiques/films que vous jouez régulièrement ;
  • évitez aussi de lire des vidéos si vous en écoutez seulement le son ;
  • baissez la qualité d’image des films et séries. Ils sont souvent proposés d’office dans de hautes résolutions ;
  • évitez d’envoyer trop de mails et veillez à limiter les pièces jointes et le nombre de personnes en copie ;
  • faîtes régulièrement du tri dans vos mails en supprimant les spams et tous ceux qui sont inutiles.
  • pensez également à vous désabonner des newsletters que vous n’ouvrez plus ;
  • évitez les signatures de mail si ce n’est pas nécessaire, sinon privilégiez le texte ou, à la limite, des images en basse définition ;
  • sauvegardez vos fichiers localement dès que c’est possible sur disque dur, clé USB, ordinateur, etc. ;
  • pour aller encore plus loin, si vous avez besoin de davantage de stockage, équipez-vous en appareils reconditionnés sur des sites comme Backmarket ou Smaart.

Le cloud renvoie une image dématérialisée de l’informatique. Mais cette vision est largement trompeuse. Derrière ce nuage se trouvent des milliers de serveurs, kilomètres de réseaux et de véritables gouffres énergétiques. Cloud et pollution sont donc fortement liés, mais des alternatives et des actions individuelles peuvent contribuer à limiter son empreinte carbone.
Eco-concevoir ses sites et applications pour qu’ils soient plus efficients, fait partie des ces démarches écologiques. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’éco-conception web, n’hésitez pas à nous contacter.